Au moment où un usufruit s’éteint par décès, beaucoup s’interrogent sur ce qu’ils auront réellement à payer. Les règles diffèrent selon l’origine de l’usufruit, la composition du patrimoine et le lien avec le défunt. Ce guide clarifie, étape par étape, les frais de succession au décès de l’usufruitier, avec des exemples concrets et des conseils pour éviter les écueils. Vous saurez qui paie quoi et comment optimiser légalement la charge fiscale.
💡 À retenir
- En France, les frais de succession peuvent atteindre jusqu’à 60% selon la valeur du patrimoine.
- Les exonérations possibles en fonction de la relation entre le défunt et l’héritier.
- Les différentes méthodes de calcul des frais de succession selon la législation actuelle.
Qu’est-ce que l’usufruit et comment cela fonctionne ?
L’usufruit est le droit d’utiliser un bien et d’en percevoir les revenus sans en être pleinement propriétaire. À côté, la nue-propriété correspond à la propriété « sèche », sans l’usage ni les fruits. Réunis, usufruit et nue-propriété forment la pleine propriété.
À la fin de l’usufruit, souvent par décès de l’usufruitier, la pleine propriété se reconstitue automatiquement entre les mains du nu-propriétaire. Cette réunion s’appelle la « consolidation » et n’implique en principe aucun transfert réel supplémentaire du bien.
Définitions et concepts clés
Usufruit : droit d’usage et de jouissance d’un bien. L’usufruitier encaisse par exemple les loyers d’un appartement et supporte les charges courantes et l’entretien.
Nue-propriété : droit de disposer du bien, mais sans percevoir les revenus ni l’utiliser tant que l’usufruit existe. Le nu-propriétaire prend en charge les grosses réparations structurelles.
Concrètement, un parent peut donner la nue-propriété d’un logement à ses enfants et conserver l’usufruit pour continuer à l’habiter ou à le louer. Au décès, l’usufruit s’éteint et les enfants récupèrent la pleine propriété, souvent sans frais de mutation supplémentaires.
Les frais de succession au décès de l’usufruitier
Le point central à connaître est simple : lorsque l’usufruit s’éteint par décès, la consolidation avec la nue-propriété n’entraîne en principe pas de droits de succession pour le nu-propriétaire. Les droits ont été liquidés à l’origine, au moment de la donation ou de la première succession ayant créé le démembrement.
En revanche, des frais techniques existent. Il faut prévoir des émoluments du notaire, des débours et des frais de publicité foncière pour mettre à jour la propriété dans les registres. Si des cohéritiers procèdent à un partage, un droit de partage peut s’appliquer sur la valeur des biens partagés.
Cas particulier du quasi-usufruit sur des sommes d’argent : l’usufruitier peut disposer librement des capitaux, mais à son décès, une dette envers le nu-propriétaire naît ou se révèle. Cette dette est en principe déductible de la succession de l’usufruitier, ce qui réduit l’assiette imposable de ses héritiers. Exemple : une convention de quasi-usufruit porte sur 200 000 €. Au décès, la succession de l’usufruitier est diminuée de 200 000 €, ce qui peut alléger fortement les impôts dus par ses propres héritiers.
Si l’usufruit était temporaire et arrive à son terme avant le décès, la fin du démembrement ne crée pas de droits de succession. Pour les donations avec réserve d’usufruit, les droits ont été payés sur la nue-propriété lors de la donation ; au décès de l’usufruitier, il n’y a généralement rien à payer de plus, hors frais d’actes.
Dans ce contexte, bien comprendre les frais de succession au décès de l’usufruitier évite de confondre l’absence de droits de mutation avec l’existence de frais notariés légitimes liés aux formalités.
Qui doit payer les droits de succession ?

La règle générale : celui qui reçoit des biens par succession est redevable des droits, selon sa part nette, le lien de parenté et la valeur transmise. Les barèmes sont progressifs et les abattements diffèrent selon la relation avec le défunt.
Le conjoint survivant et le partenaire de PACS sont exonérés de droits de succession. Les enfants, parents et autres héritiers restent soumis aux barèmes applicables, avec abattements légaux. Les transmissions entre non-parents peuvent atteindre des taux élevés allant jusqu’à 60%.
- Au premier décès créant le démembrement : les nus-propriétaires (souvent les enfants) paient des droits sur la valeur de la nue-propriété reçue.
- Au décès de l’usufruitier : la consolidation ne génère en principe pas de nouveaux droits pour les nus-propriétaires.
- Les héritiers de l’usufruitier paient des droits sur les biens qui lui appartenaient en propre, après déduction des dettes, y compris la créance de quasi-usufruit le cas échéant.
- Les transmissions entre personnes sans lien familial peuvent atteindre jusqu’à 60% selon la valeur transmise.
Retenez que les frais de succession au décès de l’usufruitier concernent surtout la succession de l’usufruitier lui-même et non la consolidation chez les nus-propriétaires.
Comment calculer les frais de succession ?
Le calcul se fait en plusieurs temps : identifier les biens, évaluer la base taxable, appliquer les abattements, puis le barème selon le lien de parenté. Avec un démembrement, on valorise séparément l’usufruit et la nue-propriété pour la première transmission.
Pour un usufruit viager, l’administration applique un barème lié à l’âge de l’usufruitier au jour de la transmission. Plus l’usufruitier est âgé, plus la valeur fiscale de l’usufruit est faible, et celle de la nue-propriété élevée. Pour un usufruit temporaire, la valeur de l’usufruit est de 23% de la pleine propriété par période de dix ans, proratisée selon la durée.
Détails sur le calcul des droits
Étapes de calcul usuelles :
- Évaluer la pleine propriété des biens à la date de la transmission.
- Appliquer le barème fiscal pour déterminer la part de l’usufruit et de la nue-propriété en cas de démembrement initial.
- Déduire les dettes prouvées, y compris la créance de quasi-usufruit au décès de l’usufruitier s’il y a lieu.
- Appliquer les abattements selon le lien de parenté, puis le barème progressif correspondant.
Barème viager de référence pour l’usufruit (article 669 du CGI) : en pratique, environ 90% d’usufruit avant 21 ans révolus, 80% de 21 à 30 ans, 70% de 31 à 40 ans, 60% de 41 à 50 ans, 50% de 51 à 60 ans, 40% de 61 à 70 ans, 30% de 71 à 80 ans, 20% de 81 à 90 ans, 10% au-delà de 91 ans. La nue-propriété vaut la différence jusqu’à 100%.
Exemples pratiques
Exemple 1 : au décès du premier parent, un appartement vaut 300 000 €. Le conjoint survivant, 72 ans, choisit l’usufruit et les deux enfants reçoivent la nue-propriété. À 72 ans, l’usufruit vaut environ 30% et la nue-propriété 70%. Base taxable par enfant : 300 000 € × 70% ÷ 2 = 105 000 €, avant abattement en ligne directe. Les droits sont calculés sur la part nette de chaque enfant, selon le barème parent-enfant.
Exemple 2 : une donation avec réserve d’usufruit est réalisée dix ans avant le décès, sur une maison de 400 000 €. Les droits ont été payés à l’époque sur la nue-propriété. Au décès de l’usufruitier, la pleine propriété se reconstitue sans nouveaux droits de mutation. Restent les frais d’acte et de publicité pour actualiser les titres.
Exemple 3 : un quasi-usufruit porte sur 150 000 € d’épargne. Au décès, la succession de l’usufruitier est grevée d’une dette de 150 000 € envers le nu-propriétaire. Cette dette vient en déduction, ce qui réduit les frais de succession au décès de l’usufruitier pour ses héritiers, sous réserve des justificatifs adéquats.
Gardez à l’esprit que pour les transmissions entre personnes non apparentées, le taux peut grimper jusqu’à 60%, tandis que le conjoint survivant et le partenaire de PACS sont exonérés s’ils héritent effectivement.
Conseils pour gérer la succession avec usufruit
Anticiper permet souvent d’alléger les coûts. Le choix du régime matrimonial, l’option du conjoint survivant, la donation de la nue-propriété et la formalisation d’une convention de quasi-usufruit font une vraie différence. Un audit patrimonial avec votre notaire aide à cibler les bons leviers.
Pour fluidifier la transmission, on privilégie les actes clairs : inventaire détaillé des biens, estimations actualisées, désignation des bénéficiaires d’assurances vie et conservation des justificatifs de dettes. L’assurance vie peut compléter la stratégie, car elle se règle hors succession dans de nombreux cas, sous des régimes fiscaux spécifiques.